Confinement : vive la tech… et vice-versa !

Télétravail, cyber-apéros, téléconsultations médicales… Les technologies rendent le confinement supportable. A l’inverse, cette crise a plus fait pour le développement des technologies que quinze ans de révolution numérique.

L’autre jour, je reçois un e-mail concernant mon assurance-vie : “nous adaptons nos procédures au confinement… merci de renvoyer le PDF ci-joint signé“. Présenté comme exceptionnel, ce courrier me réjouit. Certains organismes qui trainaient des pieds et continuaient à procéder comme au XIXe et au XXe siècles, à coups de courriers papier, se mettent enfin à des procédures dignes du XXIe siècle. Merci qui ? Le confinement, bien sûr ! Nécessité faisant loi, les conditions exceptionnelles que nous vivons poussent à l’adoption massive de pratiques numériques qui devraient déjà être entrées dans les moeurs depuis longtemps.

Le télétravail, c’est bon pour la télésanté

Le confinement est surtout une aubaine pour le télétravail, qui apparait enfin comme une option sérieuse, y compris dans des secteurs et pour des postes pour lesquels cela n’avait jamais été envisagé. Avec un paquet de bonnes surprises pour ceux qui le pratiquent.

Personnellement, j’envoie des chroniques radio, enregistrées ou en direct, de chez moi (ou d’ailleurs) depuis des années. J’apprécie le calme et le confort du travail à la maison qui permettent d’être bien plus productif et ainsi de multiplier les activités. A franceinfo, comme dans d’autres radio, on a découvert, à l’occasion du confinement, que l’on pouvait carrément faire des émissions à distance, y compris avec des invités. Par exemple, mon camarade Jean-François Achilli anime “Les Informés” de chez lui, un oeil sur le Scoopy (appareil de transmission audio en numérique) et un autre sur Zoom pour voir ses invités en vidéo. Sur d’autres radios, des journalistes en régions ont présenté des journaux entiers comme s’ils avaient été à Paris et les auditeurs n’y ont entendu que du feu. Cela se fait même désormais en télé, avec des invités équipés de webcams et d’oreillettes, et cela ne choque personne. Idem sur notre chaîne 01TV, où nous avons appris à animer des émissions entièrement en visio, via Zoom.

Dans de multiples autres secteurs, de nombreux professionnels qui n’y étaient pas vraiment habitués, ont également réalisé qu’il pouvaient faire du télétravail : personnels administratifs, cadres commerciaux et même les ingénieurs de la Nasa. Nombreux sont ceux qui découvrent à quel point ils peuvent être productifs sans passer obligatoirement par la case métro/auto-bureau. Moins nombreuses, les réunions en vidéo gagnent en efficacité. A l’arrivée, si on s’organise bien, il reste même plus de temps que d’habitude pour profiter de sa vie personnelle. Même parmi ceux qui se croyaient allergiques au télétravail, beaucoup ont appris à en apprécier les bienfaits.

Moins d’embouteillages et de pollution

Bien sûr, tout le monde ne peut pas passer au télétravail. Cela marche assez mal, par exemple, pour les infirmiers, les livreurs, les femmes de ménage ou les gardiens d’immeuble (en tout cas, pour l’instant). Il n’est pas question non plus de remplacer 100% du temps de travail en entreprise par du télétravail lorsque l’on pourra reprendre une vie normale. L’être humain a besoin de contacts humains, c’est un fait. Le télétravail ne fait pas l’affaire de ceux qui vont au bureau avant tout pour avoir des relations avec leurs collègues, faute de vie sociale ou de boulot très passionnants.

Mais pourquoi ne pas imaginer, après le déconfinement, un à deux jours de télétravail par semaine dans bien plus d’entreprises qu’aujourd’hui ? Cela ferait moins de temps perdu dans des transports inconfortables, moins d’embouteillages et, surtout, moins de pollution !

Certes, le télétravail n’a pas que des avantages. Dans un appartement exigu avec des enfants en bas âge, cela s’apparente plus à un sport de combat qu’à une sinécure. Autre inconvénient : cela entraine une surconsommation électrique à la maison, un facteur qui devrait être pris en compte si le phénomène se généralise, d’autant que les entreprises, à l’inverse, peuvent voir leurs factures énergétiques réduites. Ces mêmes entreprises auront aussi besoin de moins de mètres carrés.

Le télétravail change le regard que l’on porte sur l’entreprise. Celle-ci n’est plus obligatoirement le lieu où l’on doit se rendre pour contribuer à l’activité économique et être utile à la collectivité. Demain, grâce à de nouveaux outils comme la 5G, de plus en plus de métiers seront compatibles et les travailleurs distants seront encore plus nombreux. Certes, c’est un sale coup pour les petits chefs qui ne savent pas vivre sans leurs ouailles sous les yeux ou pour ceux qui confondent travail et présence au bureau…

Netflix, Zoom, Facebook… Les grands gagnants

L’autre grand gagnant du confinement est le monde du divertissement en ligne. De Netflix à Zoom, en passant par Facebook et tous les outils de de streaming et de communication vidéo, pour eux, c’est la fiesta de l’année. Le trafic Internet a augmenté de 70% dont plus de 80% consacré à la vidéo. Le nombre d’utilisateurs de Zoom est passé de 10 à 300 millions en trois mois. Au passage, merci aux opérateurs et aux équipementiers télécoms qui ont permis à Internet de tenir le coup.

Que restera-t-il de tout cela ?

Bien sûr, il est plus agréable de prendre un vrai apéro avec ses amis in real life que face à un écran. Mais les cyber-apéros nous ont aussi appris qu’il était possible de passer un moment de convivialité avec des amis qui habitent à des centaines de kilomètres et que l’on ne peut, de toutes façons, pas rencontrer tous les jours. On a aussi découvert que nos parents âgés savaient parfaitement bien se servir de WhatsApp ou de Facetime et qu’un petit coup de visio de temps en temps, confinement ou pas, était bien sympa.

C’est quand même une chance de se taper une épidémie de Covid-19 en 2020 et pas en 1990. Imaginez à quoi ressemblerait nos journées sans nos smartphones et nos connexions à haut débit ? Imaginez un cyber-apéro avec un Nokia 3310 ou avec Real Player sous Windows 95. Malgré tout ce que l’on peut reprocher aux réseaux sociaux, imaginez un confinement sans Twitter ou TikTok ?

Si, depuis la mi-mars, les téléchargements de vidéos en ligne explosent, c’est aussi le cas des livres numériques et des contenus culturels en tout genre. Dommage que ce ne soit pas l’occasion de remettre carrément en question la chronologie des médias, qui interdit la diffusion de films en streaming en même temps qu’en salles. Ce sera peut-être pour le prochain confinement…

Allo, cyber-docteur ?

Grâce au confinement, nous avons – enfin – découvert la télémédecine. Par chance, des dispositifs, comme ceux proposés par Doctolib, étaient déjà en place et ne demandaient qu’à tourner à plein régime. La plateforme a multiplié par 100 le nombre de téléconsultations ! Il aura fallu le choc du Covid pour enclencher la machine. Combien de médecins pratiquaient la téléconsultation auparavant ? Combien acceptaient même simplement de répondre par e-mail à des questions médicales ? C’est désormais entré dans les moeurs.

Idem du côté des notaires. Pour conclure l’achat d’un bien immobilier pendant le confinement, pas besoin de se rendre dans l’une des 7000 études (qui d’ailleurs sont fermées). Depuis début avril, les notaires sont autorisés à pratiquer la comparution à distance. Espérons que cette pratique sera maintenue après le déconfinement.

La signature électronique, qui permet d’authentifier des documents par voie numérique (ça existe depuis vingt ans) est également en plein boom. Les officines privées qui proposent ce service constatent 400% d’augmentation depuis le début du confinement.

Enfin, côté administrations et collectivités locales, même les moins branchées s’y mettent. La startup Citizen Lab, une “civic tech”, note un boom des demandes des collectivités pour des outils permettant de maintenir le lien avec les administrés.

Bref, n’ayons pas peur de voir la bouteille à moitié pleine : ce confinement est une aubaine pour les usages liés au numérique ! Le nombre d’utilisateurs des technologies explose. Des outils qui existaient déjà auparavant mais étaient souvent sous-employés prennent tout leur sens. Comme dirait l’autre, pourvu que ça dure !