28 avril 2020 4 Par Jérôme Colombain

Le jour où j’ai voulu domotiser mes volets…

Des volets roulants incapables de comprendre une commande vocale ou de se fermer tout seuls le soir, en 2020, ce n’est pas sérieux. J’ai donc attrapé mon tournevis et mon smartphone. C’est là que ça c’est compliqué… Séquence bricolage.

En théorie, il n’est pas difficile de domotiser des volets roulants. Si vous partez de zéro, il suffit d’installer des moteurs compatibles et des petits modules qui vont les rendre “intelligents”. Le problème, c’est quand on essaye de moderniser une installation un peu trop ancienne. Voici le récit palpitant de mon aventure personnelle à Volet-land. Cela rendra peut-être service à ceux d’entre vous confrontés aux mêmes difficultés.

Par ici les petits modules

Janvier 2017, première tentative.

Je m’attaque au volet du salon. Celui-ci est équipé d’un vieux moteur de marque Bubendorff (Tradi ID trois fils, pour les spécialistes) à commande filaire (FG2). Je tente d’y raccorder un petit module Fibaro Roller Shutter FGR222 (50 euros env.) qui se branche en parallèle du boitier de commande existant. Ce boitier, qui utilise le protocole de communication sans fil Zwave, est censé me permettre de piloter mon volet via une appli, en passant par ma box domotique Eedomus.

Malheureusement, malgré les conseils éclairés de Pascal, du site My-Domotique, c’est un échec cuisant. Le vieux Bubendorff n’en fait qu’à sa tête. Il réagit bien aux commandes de l’appli mais il ne sait pas s’arrêter et le moteur continue à tourner dans le vide, ce qui est très mauvais signe (on appelle ça la gestion des butées, une discipline très pointue en voletologie).

Juin 2018, deuxième tentative.

Cette fois, je tente le coup avec un module volet roulant de la marque française Nodon (50 euros env.). La différence, c’est qu’il utilise le protocole de communication Enocean (sans fil, sans pile). Malheureusement, même topo : le moteur ne s’arrête pas et, en plus, la commande murale ne fonctionne plus lorsque le module est connecté. Tristesse. Heureusement, ma famille est derrière moi (“Tu vas y arriver, papa“).

Janvier 2020, troisième tentative.

Deux ans plus tard. Pas découragé, je décide d’essayer un nouveau module « Flush Shutter » de la marque Qubino (ZMNHCD1) à technologie Zwave (50 euros env.). Malgré le support technique bienveillant du site Domotique-Store (oui, tous les responsables de sites de domotique sont devenus mes amis), c’est à nouveau un triste échec. Le système fonctionne pendant 10 minutes, puis, la montée devient poussive et le volet finit par ne plus répondre du tout. Visiblement, il est à deux doigts de l’infarctus. Hop, on démonte tout.

Les échecs s’accumulent, les mois passent et mes volets sont toujours sourds. Je dois me rendre à l’évidence : ils sont trop anciens.

Mon installation se compose d’un volet principal à commande filaire et de volets secondaires à commandes radio, l’ensemble communiquant par CPL (courants porteurs) afin de permettre un pilotage centralisé depuis la commande filaire principale. Dans les années 90, c’était moderne…

Allo, Bubendorff ?

Entretemps, je consulte le service technique de Bubendorff, le fabricant de mes volets, qui prête une oreille attentive à mes problèmes. Malheureusement, la solution préconisée ne m’emballe pas. La seule option serait de changer au moins l’un des moteurs, puis d’ajouter un truc appelé “interface universelle” afin d’y raccorder le nouveau module Netatmo iDiamant. Avec tout ce bazar, je pourrais espérer piloter tous les volets simultanément – mais pas séparément – depuis ma box. Côté assistants vocaux, aucune garantie que ça marche.

Guerre de standards

Les fabricants de volets roulants sont des coquins. Depuis des années, chaque marque (Bubendorff et Somfy pour ne pas les nommer) développe son propre système fermé de connectivité, soigneusement incompatible avec ceux des concurrents, en espérant un jour s’imposer comme “le” standard. Sauf que ça ne marche pas comme ça. La domotique s’est démocratisée. Il y a eu le boom des objets connectés et l’arrivée des assistants vocaux. Aujourd’hui, les utilisateurs veulent des systèmes ouverts et interropérables. Pas question de confier sa domotique à une seule marque, surtout si celle-ci ne sait faire que des volets roulants.

Le recours au Wi-Fi

Janvier 2020, quatrième tentative.

Je trouve sur Amazon un interrupteur pour volets appelé Vollo (35 euros env.), de la marque française Konyks (en fait, il s’agit d’un produit fabriqué par Tuya, un géant chinois de la maison connectée). Contrairement aux petits modules qui doivent être installés en parallèle de l’existant, ce boitier est censé remplacer carrément la commande filaire d’origine. Il fonctionne en Wi-Fi, c’est-à-dire sans box domotique, via l’application Smart Life (une appli hyper puissante pour piloter tous les objets connectés en Wi-Fi). La commande Vollo est nativement compatible avec les assistants vocaux Amazon et Google. En plus, le produit est élégant avec des touches tactiles qui s’allument en couleur. Hop, j’installe.

Miracle… ça marche !

(Il y a juste un petit problème de butée que je parviens à régler au niveau de l’application en programmant un arrêt automatique du moteur au bout de 25 seconde, le temps d’une montée ou une descente).

Interrupteur de volet Wi-Fi de la marque Konyks

Et la sécurité ?

Mon problème de domotisation de volets serait donc réglé ?

En fait, pas vraiment.

Certes, j’arrive à piloter avec l’interrupteur Vollo l’un de mes volets, celui à commande filaire, mais cette solution ne me satisfait pas pour trois raisons :

  1. Les autres volets de la maison n’ont pas de commandes filaires mais des commandes radio utilisant un protocole propriétaire Bubendorff, et il est donc impossible de les remplacer par des interrupteurs Wi-Fi identiques à celui du salon
  2. Cette solution qui zappe la box domotique est bien sympa mais, du coup, mes volets roulants n’entrent pas dans mon écosystème Eedomus et m’oblige à utiliser une application distincte (Smart Life)…
  3. Le Wi-Fi, je m’en méfie…

Smart Home et Wi-Fi

Contrairement aux objets connectés utilisant des protocoles de communication à faible portée (Zwave, Zigbee, Enocean…) qui nécessitent une box spécifique servant de passerelle, les produits en Wi-Fi se connectent directement à Internet. En apparence, c’est plus simple. Cependant, j’ai souvent constaté des instabilités avec ce type de matériels qui sont soumis aux aléas du Wi-Fi et aux interférences. En outre, cela nécessite de renseigner son mot de passe Wi-Fi dans l’application compagnon, ce qui pose question en matière de sécurité. Peut-on réellement se fier à des produits chinois dont on ne sait pas grand chose ? L’entreprise française Konyks, qui commercialise l’interrupteur Vollo, garantit que les données sont chiffrées et stockées en Europe sur son propre cloud (Amazon). C’est rassurant, certes. Mais, en matière de réseau, la prudence ainsi qu’un soupçon de parano sont de mise…

Bref, après deux ans d’essais, un seul de mes volets est connecté, et dans des conditions qui ne me satisfont qu’à moitié.

Leroy Merlin à la rescousse

En janvier 2020, une discussion au CES de Las Vegas avec Pierre-Yves Hadengue, le boss de l’IOT chez Leroy Merlin, fait renaître en moi l’espoir de pouvoir un jour parler à mes volets. La solution préconisée est radicale : changer tous mes vieux moteurs Bubendorff pour des moteurs Somfy des temps modernes. Pourquoi Somfy ? Parce que c’est la marque commercialisée par Leroy Merlin et qu’elle a fait ses preuves. J’hésite. L’opération est lourde. Une vraie transplantation coeurs-poumons. Y arriverais-je seul (pas question de faire intervenir un installateur car ce ne serait pas fait “avec amour”) ? N’y-a-t-il vraiment plus rien à espérer de mes bons gros moteurs Bubendorff ? J’hésite. Puis, finalement, je me résous à opter pour la solution de Pierre-Yves.

Mars 2020, cinquième tentative.

En plein confinement, je décide de me lancer dans la transplantation. Cette fois, je ne commence pas par le volet du salon (qui en a déjà vu de toutes les couleurs), mais par celui d’une des chambres, plus petit et non-filaire, donc l’un des plus difficiles à domotiser (si ça marche ici, ça marchera ailleurs). On rentre dans le dur. Séquence menuiserie-mécanique-électricité. Passons sur les difficultés de démontage d’un volet roulant et d’adaptation d’un axe Somfy sur des supports Bubendorff qui m’obligent à acheter des plaques métalliques spéciales sur un obscur site de bricolage… Qui n’a jamais monté un volet roulant sans diplôme d’installateur se prive d’une bonne partie de plaisir. Finalement, au bout de plusieurs semaines de tergiversations et un interminable week-end d’installation…

Ça marche !

Je raccorde le nouveau moteur fraichement installé (180 euros env.) à un énième petit boitier de connectivité sans fil. En l’occurrence, cette fois, il s’agit d’un module Evology, commercialisé par Leroy Merlin (35 euros, env.). J’appaire ce module avec un interrupteur NoDon à technologie Enocean (25 euros, env.) qui va servir de bouton de commande. Clic…

Ô joie !

Le volet monte et descend. Il répond au doigt et à l’oeil à l’interrupteur (que l’on peut placer n’importe où puisque c’est sans fil). Côté domotique pure, le module est facilement reconnu par la box Enki de Leroy Merlin ainsi que par la box et l’application Eedomus.

Alexa, allume le volet !

Il reste une question à régler, qui est à l’origine de tout ce bazar : la compatibilité avec les assistants vocaux. Trois clics sur le module… Hop, ça marche : les volets sont immédiatement détectés par l’appli Alexa, via la box Eedomus et répondent parfaitement. Il y a juste un petit souci : Alexa ne comprend pas qu’il s’agit d’un volet et croit que c’est… une lumière. Sacrebleu ! Fichtre ! Diantre ! Qu’est-ce que ça change ? Au lieu de dire “Alexa, ouvre le volet“, il faut dire “Alexa, allume le volet“. C’est un peu idiot et ça m’énerve.

Comment se fait-ce ?

Mon volet n’est pas une lumière

Bizarrement, Alexa ne prend pas en charge les “ouvrants” de type volets. Il semblerait que ce soit pour des raisons de sécurité afin que l’on ne puisse pas ouvrir ou fermer sauvagement les volets d’une habitation en criant depuis la rue “Alexa, ouvre les volets !” (explication non confirmée à ce stade par Amazon). Pour contourner ce problème, la box Eedomus fait passer les volets pour… des lumières. De son côté, l’application Enki oblige à créer des scénarios qui permettent ensuite de dire, par exemple, “Alexa, active la fermeture du volet“.

Heureusement, il est possible de contourner ce problème en créant, dans l’application Alexa, une routine qui réagit à la commande vocale “Alexa, ferme le volet“. Cependant, ce n’est pas idéal car le volet apparaît toujours dans le groupe “Lumières” de l’application et cette idiote d’IA est incapable, par exemple, d’ouvrir le volet à moitié…

Dernier bug avant l’autoroute

Petit bug de dernière minute : le volet de ma chambre n’est pas paramétré de la même manière que celui de mon salon et je me retrouve donc à devoir dire, d’un côté, “Allume” et, de l’autre, “Eteins” pour effectuer la même tâche… Ce monde est décidément cruel. Heureusement, ce n’est qu’un petit problème de branchement. Il suffit d’inverser deux fils au niveau du micromodule (remonte sur l’échelle, rouvre la boite à volet, attrape le tournevis…).

A ce stade, je suis malgré tout un homme comblé car mon rêve de connectivité est sur le point se réaliser. Il ne me reste plus qu’à prendre mon courage à deux mains et à procéder aux changements de moteurs dans les autres pièces de la maison (coût de l’opération : environ 240 euros par volet).

La domotique, c’est fantastique

En résumé, la domotique, c’est fantastique. On se régale à programmer sa maison comme un ordinateur. Cependant, tout se complique dès que l’on tombe sur un os. Personnellement, j’ai l’habitude de ce genre de situation. Les Dieux de la tech me mettent systématiquement au défi et je me retrouve toujours avec la configuration la plus complexe, face aux problèmes les plus improbables. Mais, je ne lâche jamais l’affaire. Il faut faire preuve de persévérance et d’ingéniosité. C’est distrayant et instructif.

Maintenant, à vous de jouer. Good luck !

Quant à moi, prochaine étape : j’attaque la domotisation des stores !