5 septembre 2020 12 Par Jérôme Colombain

Malgré le numérique, échanger de l’argent entre particuliers est toujours aussi galère

Money money
Money money money…

A partir d’une certaine somme, remettre de l’argent à un particulier s’avère compliqué ou cher. Pourquoi le numérique n’a-t-il pas encore fluidifié tout cela ?

L’autre jour, je vends mon vélo électrique sur LeBonCoin. Après la traditionnelle négociation de marchands de tapis avec l’acheteur (sur LeBonCoin, les acheteurs négocient toujours, par principe, sans se soucier de la valeur réelle du bien), nous nous mettons d’accord sur un prix : 1500 euros. C’est une somme. Se pose alors la question toute bête du moyen de paiement. Et là, c’est le drame.

Le Bon Coin ou Paypal : trop chers

Je suis tenté par le service de paiement intégré au site LeBonCoin, qui garantit à la fois l’acheteur et le vendeur, en se posant en tiers de confiance (si le bien n’est pas livré, le vendeur n’est pas payé et vice-versa). C’est un service à haute valeur ajoutée et je suis naturellement prêt à payer pour cela. Sauf que l’addition est bien trop salée. LBC prélève 4% du prix de vente, ce qui représente, pour mon beau vélo, la modique somme de 60 euros ! C’est quasiment le montant sur lequel a porté la négociation finale avec mon acheteur. Cela me paraît bien trop élevé pour la vente unique d’un objet entre particuliers. En plus, cette somme vient s’ajouter au prix déjà payé pour mettre l’annonce en avant, assurer sa visibilité, etc. Sans compter que je n’ai même pas besoin d’un tiers de confiance, puisque l’acheteur habite près de chez moi et que je vais lui remettre le vélo en mains propres. J’aurais donc seulement besoin qu’il puisse m’envoyer de l’argent, d’un clic sur son smartphone, après avoir essayé le vélo. Pour un tel service, j’aurais volontiers payé 1% (15 euros) mais certainement pas 4%. Question de principe.

Je cherche alors des solutions équivalentes, permettant de transférer 1500 euros d’un particulier à un autre, sans y laisser trop de plumes.

Paypal ? Le service est à peu près équivalent à ce que propose LeBonCoin et, malheureusement, la commission s’élève encore à plus de 50 euros pour mon cher vélo.

Lydia ou Paylib : trop compliqués

Lydia ? C’est gratuit mais on ne peut transférer que 250 euros tous les 30 jours, ou bien 2500 euros à condition d’avoir un compte certifié. Un compte certifié ? Mon acheteur, de bonne volonté, se renseigne mais cela implique une procédure lourdingue et non instantanée, surtout un week-end.

Je fouille Google à la recherche de solutions alternatives. Des tas de services vantent chacun leurs qualités, mais aucun ne répond réellement à ma problématique.

Paylib entre amis (la solution des banques françaises) ? A priori, c’est gratuit mais plafonné à quelques centaines d’euros, sauf avec certaines banques. Evidemment, ma banque n’est pas compatible (en plus, l’acheteur bien que sympathique, n’est pas mon “ami”). Exit Paylib.

Pour des raisons de lutte contre le blanchiment d’argent, les limites de transfert d’argent entre particuliers ont été considérablement abaissés ces dernières années, et ce qui pourrait être simple est rendu extrêmement compliqué pour les citoyens lambda.

Que reste-t-il ?

Chèque ou virement : pas sûr, trop lourdingue

Il reste à envisager deux méthodes d’avant-guerre.

Par chèque ? Pas question, car il y a toujours un risque pour le vendeur (chèque en bois), comme pour l’acheteur (défaut de livraison du bien le temps d’encaisser le chèque).

Par virement bancaire ? Cela oblige à échanger des informations bancaires avec une personne inconnue. En plus, c’est long. Seules quelques banques pratiquent l’instant payment, c’est-à-dire le virement immédiat.

Il ne reste que le cash, à l’ancienne

Au bout du rouleau, nous arrivons à la conclusion, l’acheteur et moi-même, qu’il n’y a plus qu’une seule solution : le cash. Pour moi qui essaye à tout prix de sortir le cash de ma vie quotidienne, c’est un renoncement. En plus, cela va m’obliger à aller le déposer dans une agence bancaire, lieu insolite où je n’ai pas mis les pieds depuis des années.

Mais bon, soit.

Nous envisageons de nous rencontrer immédiatement puisque nous habitons tout près l’un de l’autre.

Problème, l’acheteur n’a pas assez d’espèces. A cause des plafonds de retraits, il a besoin d’au moins trois jours pour réunir la somme complète. Zut. C’est néanmoins la solution que nous retenons. Mais cela va prendre du temps.

Une semaine plus tard, le temps de trouver un créneau qui nous convienne à tous les deux pendant le week-end, nous parvenons enfin à effectuer la transaction. Voilà comment nous nous retrouvons à échanger des liasses billets sur un coin de trottoir, comme des trafiquants de drogue.

Conclusion

A l’aube du XXIè siècle et malgré les innombrables innovations numériques dans le domaine financier et bancaire, il n’existe toujours pas de moyen simple et bon marché pour procéder à des transactions honnêtes entre particuliers. Seuls les “vieux” moyens de paiement d’un autre âge permettent de conclure une affaire à moindre coût. Ne parlons même pas d’échange d’argent d’un pays à un autre…

On comprend mieux pourquoi des acteurs comme Facebook envisagent de lancer leur propre monnaie virtuelle, histoire d’introduire un peu de modernité et de fluidité fiduciaire dans ce monde archaïque.

Afin d’éviter que ce soit encore un GAFAM qui remporte la mise, ne serait-il pas temps que des acteurs européens inventent des solutions réellement adaptées aux besoins des particuliers ?

(PS : si vous connaissez le service miracle qui m’aurait échappé, faites signe !)