31 octobre 2020 7 Par Jérôme Colombain

Installer une borne de recharge pour véhicule électrique : ça vous branche ?

Borne de recharge

Vous êtes sur le point de céder aux sirènes de la voiture électrique, mais vous vous interrogez sur l’installation d’une borne individuelle ? J’ai fait la démarche. Je vous raconte.

Ayant décidé de passer prochainement à la voiture électrique, j’ai mis la charrue avant les boeufs et j’ai fait installer une borne de recharge électrique sur ma place de parking, en sous-sol de mon immeuble (en attendant la voiture, je l’utilise pour recharger mon vélo…).

Installer ce type d’équipement quand on vit en copropriété n’est pas une mince affaire, mais ce n’est pas non plus insurmontable. Personnellement, j’ai commencé à étudier la question en 2018 mais je n’ai procédé à l’installation que deux ans plus tard. L’article ci-dessous n’est pas panorama exhaustif des différents scénarios, car ils sont nombreux, mais juste un témoignage pour vous aider à vous poser les bonnes questions.

Quelle autorisations ?

Avant toute chose, il faut savoir que, dans le cadre de la transition énergétique, tout le monde a le droit de faire installer une borne de recharge chez soi. C’est ce que l’on appelle le « droit à la prise », sur le modèle du « droit à l’antenne télé », instauré par la loi du 12 juillet 2010, dite « Grenelle 2 ».

Cependant, il y a une procédure à respecter.

Si vous êtes propriétaire en maison individuelle, vous êtes dans le cas de figure le plus simple car vous n’avez d’autorisation à demander à personne.

Si vous vivez en logement collectif, vous devez impérativement obtenir l’accord préalable de votre copropriété, via un vote en Assemblée Générale. Vu qu’il n’y a, en général, qu’une seule AG par an, mieux vaut préparer votre dossier à l’avance. C’est le cas qui nous intéresse ici.

A noter : si vous êtes locataire, vous devez saisir le syndic qui demandera aux copropriétaires de trouver une solution (malheureusement, vous aurez moins de poids qu’un propriétaire pour imposer vos choix techniques éventuels).

Le passage en AG

En théorie, l’autorisation peut vous être refusée, en vertu du décret du 25 juillet 2011, pour un motif « sérieux et légitime ». Le syndic doit alors saisir le tribunal d’instance dans les six mois, qui statuera. Mais, en pratique, les syndics s’opposent rarement, d’autant que le tribunal statue généralement en faveur du résident. Tout le monde le sait, ce qui facilite les démarches.

Les frais d’installation de bornes privatives sont évidemment à la charge de ceux qui en font la demande, de même que les consommations électriques de chaque véhicule. Cependant, la copropriété peut être amenée à financer une partie des travaux, s’il s’agit d’une installation collective (voir plus loin). L’AG permet de déterminer si plusieurs résidents sont intéressés par un tel projet, et de choisir le type de raccordement adapté.

En ce qui me concerne, le Conseil Syndical avait mis tout cela en musique en rédigeant à l’avance des résolutions à soumettre au vote, sur la base de mes préconisations techniques. En 2018, le vote s’est plutôt bien passé. En revanche, les relations se sont tendues en 2020, lorsque j’ai fini par faire procéder aux travaux, car, entretemps, j’ai du refaire un devis et celui-ci ne correspondait plus strictement, point par point, à l’étude initiale. Il fallu batailler un peu.

Quel type de raccordement ?

Avant de vous pointer tout guilleret en AG devant les co-propriétaires (prêt à affronter leurs foudres, en général…), il est impératif de bien préparer votre dossier en faisant réaliser plusieurs devis par des professionnels car il existe plusieurs manières d’installer des bornes de recharge.

Option N°1 : passer par un opérateur spécialisé

La première solution consiste à s’en remettre entièrement à un prestataire spécialisée, à la fois pour l’installation des bornes et pour la gestion des consommations électriques.

Des sociétés spécialisées, comme Zeplug ou Park’n Plug, proposent ainsi des solutions clés en main, qui comprennent l’installation d’une ligne électrique dédiée pour l’immeuble, la pose d’autant de bornes qu’il y a de personnes intéressées et, ensuite, la facturation directe des consommations aux clients. C’est la solution la plus simple, souvent privilégiée par les syndics d’immeuble car elle leur facilite la tâche.

Cependant, attention ! Cette solution n’est malheureusement pas la plus économique pour les utilisateurs.

D’abord, les frais d’installation sont assez élevés. Ensuite, cela oblige à payer un abonnement, en plus des consommations, y compris durant les périodes où vous n’utilisez pas votre borne (par exemple, pendant les vacances). Personnellement, en 2018, j’avais calculé que passer par un tel prestataire risquait de me couter 3 à 4 fois plus cher qu’un raccordement individuel par un électricien spécialisé (solution pour laquelle j’ai finalement opté, voire plus loin). Certes, c’est le prix de la simplicité. Mais, il faut savoir également que cette solution lie la copropriété à l’opérateur, obligeant tout nouvel abonné à passer impérativement par lui, sans autre alternative. Pas glop.

Option N°2 : connecter sa borne sur le tableau électrique (TGBT)

La solution alternative consiste à raccorder sa borne de recharge directement au tableau général basse tension (TGBT) de l’immeuble (avec un disjoncteur et un sous-compteur afin de permettre l’imputation des consommations individuelles). C’est la solution idéale s’il y a peu de résidents demandeurs.

Dans ce cas, il faut d’abord faire vérifier par un électricien spécialisé la puissance électrique de l’immeuble. Si elle n’est pas suffisante pour encaisser la recharge des véhicules, il faudra envisager la construction d’une ligne supplémentaire dédiée.

Ensuite, deux options de raccordement sont possibles.

  • Soit, une installation collective

Si plusieurs personnes souhaitent faire installer des bornes dans votre immeuble, il faut connecter au TGBT un répartiteur collectif qui va distribuer le courant vers les bornes individuelles. Cela fera office de grosse multiprise, en somme. Il faudra aussi envisager un système de gestion « intelligente » qui permette un étalement des charges dans le temps afin d’éviter les pics de consommation. Comme il s’agit d’une installation collective, la copropriété doit alors prendre en charge les frais d’installation du répartiteur (mais pas les frais de raccordement des bornes, qui restent à la charge des personnes concernées). Cette option est la moins onéreuse car une partie des travaux est financée par la copropriété. Elle est nécessaire dès lors qu’un nombre significatif de personnes dans l’immeuble souhaite avoir une borne ou si la copropriété souhaite préparer des raccordements futurs (c’est rare…).

  • Soit, une installation individuelle

En revanche, s’il n’y a qu’un ou deux résidents intéressés (c’est mon cas, j’étais le seul), il est possible de se raccorder directement au TGBT, sans répartiteur (mais moyennant toujours la pose d’un disjoncteur et d’un sous-compteur dédié). C’est la solution la plus simple. Cependant, elle revient légèrement un peu plus chère que l’option avec répartiteur collectif car la copropriété ne met pas du tout la main à la poche.

Inconvénient : cette option revient à installer du matériel à usage individuel sur un tableau normalement réservé à un usage collectif (généralement situé dans un local électrique à accès restreint), ce qui peut rebuter la copropriété. Dans mon cas, le conseil syndical m’a d’ailleurs forcé à installer le sous-compteur sur ma place de parking, et non dans le local commun. Seul le disjoncteur a été installé sur le TGBT (obligatoire pour sécuriser la ligne dès son départ).

Bref, c’est donc cette option de raccordement individuel que j’ai choisie. J’ai confié les travaux à un installateur spécialisé d’Île de France, la société Inforomu.

En principe, ce type d’installation peut être dupliqué pour un ou deux résidents supplémentaires, mais pas plus, notamment pour des questions de place sur le TGBT pour installer les disjoncteurs. Au delà, il faudra donc passer à un raccordement collectif. C’est logique.

La question de la refacturation

Evidemment, ce n’est pas la copropriété qui va payer la consommation électrique de votre voiture. Si vous êtes connecté au tableau général, il faut donc prévoir un système de refacturation individuelle. C’est à cela que servent les sous-compteurs. Le syndic doit accepter d’effectuer la répartition des coûts en fin d’année. Dans mon cas, cela n’a pas posé de problème.

Sachez qu’il existe aussi des systèmes de télé-relevés électroniques, mais ceux-ci sont malheureusement assez chers, surtout s’ils font appel à une société extérieure pour la facturation.

Quelle borne choisir ?

Le choix de la borne (wallbox) elle-même est évidemment important (surtout quand on s’intéresse à la technologie).

La puissance de charge

D’abord, il faut considérer la puissance de votre borne. C’est ce qui détermine la vitesse de rechargement de votre véhicule… et aussi le prix de votre installation.

Pour ma part, étant petit rouleur et projetant d’acheter un véhicule citadin de petite taille, j’ai opté pour une puissance basique de 3.7 Kw (censée recharger une Zoé à 80% en 5 heures environ). En revanche, si vous envisagez d’acheter une Tesla et que vous faites 200 km par jour, mieux vaut opter pour une puissance de 7, 11 ou même 22 kW. Cependant, attention, gardez en tête que la puissance de la borne impacte fortement son prix et même celui de l’installation toute entière car le câblage doit être adapté en conséquence.

Une ou deux prises

En ce qui me concerne, je voulais impérativement une borne dotée d’une prise standard pour recharger mon vélo électrique à batterie non-amovible. J’ai opté pour la borne Legrand Green’up Premium qui a la particularité d’avoir une prise TS2 pour la recharge automobile et, en plus, une prise standard de type E (prise classique, comme à la maison). A noter que les deux prises ne peuvent pas fonctionner simultanément (la prise de voiture est prioritaire et prend la main sur l’autre tant que le véhicule n’est pas chargé à 100%).

Cette borne est plutôt simple à utiliser. Elle n’a qu’un seul bouton servant à l’arrêter ou à déclencher le chargement différé (3, 6 ou 9h). Une application mobile permet de faire des programmations horaires et de la verrouiller pour que personne ne puisse l’utiliser à mon insu. L’application communique en Bluetooth, ce qui signifie qu’il faut se trouver à proximité de la borne pour interagir. Un module Wi-Fi (vendu en option, environ 400 euros) permet de piloter la borne à distance (à condition que votre réseau Wi-Fi couvre votre parking), mais cela ne me semble pas vraiment nécessaire pour un particulier.

Il existe de nombreuses bornes sur le marché. On peut signaler au passage la plus économique du moment : la prise Legrand Green’up, qui est en fait une simple prise standard de type E renforcée, permettant une recharge lente à 3,2 kW. Mais, attention, cette prise ne donne pas droit aux subventions d’Etat pour l’installation (voir plus loin, Combien ça coûte).

On trouve aussi pléthore de bornes chinoises moins chères sur Amazon, mais j’avoue que je ne me suis pas risqué à opter pour ce genre de produits, de peur de complications en cas de panne (en plus, je ne suis pas sûr que mon électricien aurait accepté d’installer une borne de ce genre).

Combien ça coûte ?

Il faut savoir qu’une borne de recharge est un équipement onéreux, qui coûte en général plus d’un millier d’euros. Si l’on y ajoute les frais d’installation, on atteint allègrement les 1500 à 2000 euros pour l’ensemble (borne + pose).

Aides d’Etat

Heureusement, l’Etat donne un coup de pouce qui se décompose en deux aides : une subvention Advenir de 600 euros (portée à 960 euros au 2 novembre 2020, avec obligation d’installer un dispositif électronique de régulation de charge), et un crédit d’impôt de 300 euros.

Au final, l’installation m’aura coûté, aides déduites, environ un millier d’euros. C’est une dépense qu’il faut également considérer comme un investissement, contribuant à valoriser une habitation.

Maintenant, il ne me reste plus… qu’à acheter la voiture.